Internet en Afrique : un immense espoir dans la jeunesse

Publié le par Malikzu

Résumé

 Malgré les difficultés inhérentes au faible niveau d’infrastructure, l’Afrique est loin d’être tenue à l’écart du réseau mondial. Internet suscite un immense espoir dans la jeunesse scolarisée. La rétention de l’information par les anciens et les puissants y est d’autant plus pesante que les bibliothèques sont presque vides. Internet apparaît donc à beaucoup comme une chance exceptionnelle pour le Sud. Dans les quelques départements universitaires équipés, les salles d’ordinateurs ne désemplissent pas. L’esprit critique s’installe et les enseignants sont amenés à revoir leurs cours... La révolution des NTIC n’épargne pas les illettrés, toujours majoritaires dans de nombreux pays. L’espoir né d’Internet redonne du sens à l’apprentissage de l’écriture mise à mal par le chômage des diplômés. Mais, comment répondre à cet espoir dans des pays ou un ordinateur coûte l’équivalent d’un an de salaire d’un fonctionnaire ?



 Le paradoxe d’Internet au Sud

Un accès Internet pour 2500 habitants au Sénégal, un pour trois en Europe. L’Afrique héberge à peine le 100 000e du total mondial des pages Web. Dans son dernier rapport sur le développement humain, le PNUD nous rappelle que les « ¾ des internautes vivent dans les pays de l’OCDE à revenu élevé qui abritent 14% de la population mondiale ». La nouvelle fracture Nord/Sud, la fracture numérique constitue un défi supplémentaire pour les pays les moins avancés. Elle vient s ‘ajouter aux problèmes « classiques » : alimentation, accès à la santé, éducation… Paradoxalement, Internet est une chance nouvelle pour les pays en développement où il permet une véritable démocratisation de l’accès à l’information. Pour le PNUD, les NTIC offrent une opportunité sans précédent dans la lutte contre la pauvreté, « Internet fait tomber les barrières géographiques, accroît l’efficacité des marchés, crée des opportunités de revenu et favorise la participation à l’échelon local ». Il suscite un immense espoir dans la jeunesse scolarisée. Les 4000 points d’accès du Sénégal comme les 2500 du Cameroun sont autant de fenêtres ouvertes sur les plus grandes bibliothèques scientifiques et techniques du Monde, autant de postes de lecture de la presse internationale, autant de vecteurs accélérant la circulation des idées... Même ces chiffres restent très bas comparativement à ceux de l’Union européenne ou des Etats unis, il y a maintenant beaucoup plus d’accès Internet que de places dans les bibliothèques et les centres de documentations des mêmes pays.


L’enseignement


La formation est le défit majeur des NTIC dans les pays en développement. Les responsables nationaux et les agences de coopération commencent à en prendre conscience. C’est le cas au Sénégal où, sans compter les universités de Dakar et St-Louis, 70 établissements d’enseignement sont connectés. Dans des pays où les livres sont des denrées rares, les revues d’un coût inaccessible, Internet peut bouleverser profondément la pédagogie. En Afrique, plus qu’ailleurs l’enseignement est avant tout, la mémorisation du cours du maître. Mais comment le blâmer ? Les bibliothèques publiques sont trop peu nombreuses et bien pauvres. Ce sont les centres culturels français, américains et autres Instituts Goethe qui offrent l’essentiel des places de lecture et seuls les établissements d’élite, tel que les lycées français disposent de CDI. Dans ces conditions il est quasiment impossible pour un enseignant, de demander un travail de recherche documentaire aux élèves. Tout pourrait changer avec Internet. C’est déjà le cas dans certains départements universitaires où les postes d’accès se multiplient même s’ils restent trop souvent payants ou réservés à certaines catégories d’étudiants. Internet offre aussi de nouveaux outils d’apprentissage dont se sont saisis des professeurs de sciences expérimentales de Dakar qui remplacent les traditionnelles manipulations pour lesquelles ils n’ont ni le matériel, ni les produits nécessaires, par des expériences virtuelles .


Internet : un outils de réappropriation culturelle

Les jeunes, notamment les plus passionnés par les sciences et technologies doivent affronter les multiples contradictions entre tradition et modernité. Les tensions entre le mode de pensée rationnelle, scientifique, qu’ils ont acquis à l’Université et, la tradition familiale et religieuse, sont si fortes que certains d’entres eux sombrent régulièrement dans la dépression. Pour beaucoup Internet est une occasion tout à fait exceptionnelle de reconcilier la technique avec ses racines, l’outil étant particulièrement apte à valoriser les cultures orales, la musique ou les arts plastiques. Une des expériences les plus significatives est celle de Metissacana. Une styliste sénégalaise Oumou Sy, s’engage avec son compagnon ingénieur, dans la création d’un cybercafé fournisseur d’accès et d’hébergement qui va proposer de mettre en valeur les créateurs et artisant locaux en exposant leurs travaux. On retrouve cette démarche chez Malinet à Bamako et nombre de fournisseurs de services indépendants. Conscient des enjeux culturels des NTIC, le président Konaré du Mali, s’est engagé dans la création d’une école internationale des Arts et métiers du multimédia qui aura pour objectif de former les futurs ingénieurs de l’art… Même dans les pays en guerre Internet est porteur d’espoir. En RDC, dans l’ancien ZaÏre, pays devenu un des plus pauvres de la planète, les cybercafés fleurissent, même en zone rebelle. L’ONU encourage son extension en organisant la formation des journalistes à maîtriser le Net et favoriser ainsi le dialogue Intercongolais. C’est ainsi que Christine Bingaya et Placide Senghi-Senghi, journalistes congolais de la zone rebelle de Goma, se sont penchées sur la Rumba congolaise. Ils trouvé plus six sites très bien informés… La culture permet aussi de garder un peu d’espoir dans un pays ravagé par la guerre.


Favoriser l’alphabétisation

Internet serait-il, en Afrique, l’apanage d’une infime minorité de privilégiés à même de maîtriser l’ordinateur ? N’oublions pas qu’au Sud du Sahara, le taux d’alphabétisation reste très bas. Au Niger, où il ne dépasse pas 30 % (encore moins pour les femmes), Internet suscite un intérêt particulier. Il y a quelques qnnés, une conférence-exposition sur les NTIC réunissait près de 10 000 personnes. La contradiction entre le faible taux d’alphabétisation et l’enthousiasme pour Internet n’est qu’apparent. Si elle est due pour une part à l’espoir d’un « leap frog », ce saut de grenouille qui ferait sauter des étapes de développement. Elle est surtout l’expression d’une claire conscience qu’Internet donne du sens à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. L’alphabétisation redevient une stratégie gagnante. Elle avait perdu beaucoup d’intérêt pour les familles. Celles-ci ne voyaient plus d’avenir pour les lettrés après les réductions drastiques du nombre de fonctionnaires conséquentes des politiques d’ajustement structurel et de la crise économique qui affecte la région depuis près de 10 ans.


Réduire la fracture numérique

 Mais les espoirs d’Internet butent sur le manque d’accès. La fracture numérique est d’autant plus vivement ressentie que les promesses sont multiples et séduisantes. L’achat d’un ordinateur est une dépense très lourde que seul un pourcentage infime des ménages peut s’offrir. De plus, celui-ci devra être renouvelé tous les quatre à cinq ans. Les stratégies commerciales des grands éditeurs de logiciels qui cherchent à accélérer l’obsolescence des machines renforcent encore le fossé numérique. La pénurie de lignes de téléphone, la mauvaise qualité de service des opérateurs, le coût élevé des communications et l’absence d’offre commerciale forfaitaire ajoutent encore des difficultés. La solution la plus adaptée au contexte des pays en développement est et restera encore longtemps, le télécentre multimédia ou « cybercafé ». L’accès mutualisé à Internet, s’inscrit dans la tradition africaine. On partage le télécentre, source d’information, comme le point d’eau, il alimente le village et devient un nouveau lieu de palabres. Avec un peu de retard, les programmes de coopération ont pris conscience du besoin et s’accordent, chacun à leur manière, pour favoriser la multiplication des points d’accès collectifs. Citons le projet ADEN (Appui au désenclavement numérique) en gestation au Ministère français des affaires étrangères, les projets PAGE (Point d’accès jeune) et Campus numériques de la Francophonie.

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